Université : pourquoi les bonnes notes ne suffisent pas toujours à réussir
| Posté le 08/05/2026 — Actualité précédente / suivante |
De nombreux étudiants entament leur parcours universitaire avec une idée claire en tête : pour réussir, il suffit de suivre les cours, de rendre ses travaux et d'obtenir des notes élevées. Pourtant, arrivés aux cycles supérieurs ou sur le marché de l'emploi, certains élèves brillants et assidus se retrouvent soudainement en difficulté. Ce décalage ne s'explique pas par un manque de capacités, mais par l'existence d'un "curriculum caché" : un ensemble de "règles du jeu" qui ne sont jamais explicitement enseignées.
Le monde académique repose en effet sur des normes tacites. Au-delà des examens, l'institution attend des étudiants qu'ils fassent preuve d'initiative intellectuelle, de créativité et, surtout, qu'ils prennent des risques. Poser des questions audacieuses, contacter des professeurs pour participer à des recherches ou oser publier ses premières idées sont des compétences centrales. Or, ces comportements sont souvent considérés comme "allant de soi" par les enseignants, qui supposent que les meilleurs élèves les devineront par simple imprégnation.
Cette opacité crée une inégalité de départ importante. Certains étudiants bénéficient d'un entourage familial ou d'un réseau de mentorat qui leur a déjà transmis les codes du milieu universitaire. Pour les autres, l'institution reste un labyrinthe dont les attentes réelles sont invisibles. Ce fossé peut transformer le parcours de l'étudiant en une suite d'essais et d'erreurs, là où d'autres avancent avec assurance parce qu'ils savent décoder les attentes informelles des professeurs et de l'administration.
Face à ce constat, des voix s'élèvent pour demander une plus grande transparence. Si l'engagement personnel de l'étudiant reste essentiel, la responsabilité de rendre ces règles explicites incombe aussi à l'université. Des initiatives voient le jour, notamment via des blogs ou des ouvrages en libre accès, pour lever le voile sur les coulisses du travail des professeurs et sur la manière dont les décisions sont réellement prises.
En fin de compte, l'université ne doit pas seulement être un lieu de transmission de savoirs, mais aussi un espace où l'on apprend à naviguer dans une culture institutionnelle complexe. Rendre les règles du jeu visibles pour tous ne simplifie pas le niveau d'exigence mais permet à chaque étudiant de participer au monde académique de manière plus équitable et sereine.
RTBF Actu, 8 mai 2026